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Le 13 mai 1968, la contestation descend dans les rues de Saint-Lô. Mais contrairement à Caen ou à Paris, le mouvement est suivi presque exclusivement par les fonctionnaires, employés et ouvriers. Peu (voire pas) d'étudiants ou de lycéens. Près de 2 000 personnes défileront pourtant dans le centre-ville, sans CRS face à eux, ni heurts notables. : Jean Mignon, collection personnelleD'abord intrigué par les événements parisiens, Jean Mignon les met en relation avec les mouvements sociaux et grèves qui ont agité Caen en ce début d'année 1968. « Mais c'est véritablement à l'issue de la nuit du 9 au 10 mai que le monde syndical et ouvrier commence à bouger. Nous sommes très choqués par la dureté de la répression policière autour de la Sorbonne. Les étudiants matraqués par les CRS, ça nous heurte. Moi, avec ma sensibilité de catho de gauche, je suis indigné qu'un régime démocratique agisse de la sorte. »
« Changer les choses »
L'appel national lancé par les deux syndicats ouvriers CGT et CFDT est évidemment relayé à Saint-Lô.
Si à Paris, ce sont près de 800 000 personnes qui défilent au cri de « Dix ans, ça suffit ! », la manifestation anti-De Gaulle réunit près de 2 000 personnes dans le centre-ville de la ville-préfecture. Un événement dans une ville très paisible d'ordinaire. « Nous avons activé tous nos réseaux de militants et adhérents. Et potentiellement, il y en avait : 800 employés à l'usine Claudel de Pont-Hébert, 800 à Elle & Vire, 90 à la laiterie de Saint-Lô... On avait aussi des syndiqués aux magasins Prisunic, aux Nouvelles Galeries, dans trois garages... Et bien sûr, dans les administrations et le monde enseignant. À l'époque, ça faisait du monde ! »
Mais, par contre, Jean Mignon ne se souvient pas de la présence d'étudiants ou lycéens dans la manifestation. « On voyait plutôt cela dans les villes universitaires, ce que Saint-Lô n'était pas. Non, ici, Mai 1968, ce sont les ouvriers qui l'ont fait. Et pas que cette journée du 13. Pendant trois semaines, il y a eu beaucoup de réunions organisées à la mairie, au cinéma Normandy. Des gens très modestes qu'on ne voyait jamais venaient et s'exprimaient. Je pense que beaucoup de gens se disaient qu'il y avait peut-être une occasion de faire changer les choses, la société. C'est pour cela que la fin du mouvement, avec le retour de De Gaulle, m'a laissé un sentiment un peu particulier d'inachevé. »
Quarante ans après, l'ex-syndicaliste est pourtant toujours persuadé de la portée positive des événements de ce mois de mai 68. « Si la CGT avait mis en avant des revendications plutôt quantitatives du style « revenu minimum », moi je retiendrais surtout que l'on a obtenu, à la CFDT, la reconnaissance des droits syndicaux dans les accords de Grenelle, qui ont clos le conflit. Il y a aussi eu une prise de conscience du rôle de l'entreprise dans la société capitaliste. La liberté sexuelle, et tout ça, ce n'était pas vraiment le souci du monde ouvrier. Pour moi, il y a eu le Mai 68 des étudiants, et celui des ouvriers. »
Ludovic RENOULT.