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Chauffer dans la noirceur




Le futur maire UMP de la ville manchoise sur les barricades gauchistes du quartier latin ? On a quand même un peu de mal à y croire ! Et pour cause... « Non, moi, j'étais de l'autre côté. Enfin pas du côté des manifestants ! Avant les événements, je n'étais pourtant pas très concerné par la politique. Mon truc, c'était les voitures... En fait, le point de départ, c'est que j'ai été choqué par la violence et l'intolérance d'étudiants grévistes venus dans notre école nous intimer l'ordre de stopper les cours. J'ai vécu ça comme une vraie entrave à ma liberté d'opinion. J'ai aussi découvert que j'étais attaché à certaines valeurs comme l'ordre républicain. Et puis le compte rendu dans les médias de l'époque m'est apparu totalement disproportionné par rapport à ce qui se passait vraiment. Depuis la Normandie, à Pont-Hébert, mes parents avaient l'impression que Paris était en flammes, alors que ce n'était qu'un petit périmètre qui était en effervescence. Je peux en parler, je suis allé voir... Il y avait là indéniablement un vrai mouvement social, mais pas une révolution ! »
François Digard est revenu dans la région saint-loise pendant ce mois de mai. « Au moins une fois, je crois bien... Je me souviens d'un week-end chez mes parents. Ma mère institutrice dans une école publique avait été confrontée à la pression très insistante de ses collègues enseignants qui étaient, eux, en grève. Ça aussi, ça m'a choqué. Au moment de retourner vers Paris, j'ai acheté un jerrican d'essence en plus de mon plein de voiture. Ici, on trouvait encore du carburant à la pompe, ce qui était très compliqué plus on approchait de la capitale. Valait mieux être prévoyant... » François Digard reviendra encore une autre fois, le 30 mai. En écho au million de personnes qui remonte les Champs-Élysées, des manifestations de soutien au Général de Gaulle sont organisées un peu partout en France. C'est le cas à Saint-Lô. François Digard y participe activement. « Peu après, je monte la branche manchoise de l'UJP, l'Union des jeunes pour le progrès, un mouvement gaulliste. Et six ans plus tard, je me présente pour la première fois à une élection, c'était aux cantonales de 1974. Un échec, certes, mais très instructif pour la suite... »
L. R.