Les mineurs parviennent encore à acheter de l'alcool dans les supérettes saint-loises. : Archives Béatrice Le Grand« Quand on était plus jeunes, à 14-15 ans, on passait aussi par un intermédiaire, racontent Vincent et Morvan (1), deux lycéens de 17 ans. On demandait à la personne devant nous de prendre nos bouteilles avec notre argent.»
« Vu la concurrence, ils nous servent »
Maintenant, ils se débrouillent comme des grands. « On trouve toujours un moyen. On peut acheter de l'alcool où on veut », attestent deux de leurs amis, Pierre, 16 ans, et Maïté, 18 ans. Il suffit d'un grand frère, d'une bonne âme ou d'une caissière compatissante pour contourner l'interdit. « À Saint-Lô, il y a plein de supermarchés ou petites épiceries, où on ne nous réclame jamais la carte d'identité. » La seule fois où l'on a demandé une carte à Vincent, c'était sa carte de fidélité...
Et dans les bars ? « C'est encore plus facile. Vu la concurrence, ils nous servent. Mais c'est trop cher. » Ils préfèrent boire dans des maisons, quand les parents sont absents, ou dans la rue. « Dans des petits coins. » Ils jouent au chat et à la souris avec la police.
La petite bande se prend une à deux « cuites » par semaine : le vendredi et le samedi. Parfois avant les concerts au Normandy. « La bière est plus chère après et c'est pour être dans l'ambiance. Même si on n'aime pas les concerts, c'est un peu un point de ralliement. »
« Pour relâcher les tensions »
À peine les parents les ont-ils déposés au centre-ville vers 19 h-20 h qu'ils filent se ravitailler : vodka, gin, pastis, bières, whisky. « La bière, on peut en boire en illimité. L'alcool fort, ça dépend. Ça va de la demie bouteille à la bouteille de vodka pour moi », reconnaît Pierre. Leur budget ? « Entre 5 € et 20 € par soirée. »
Mais pourquoi boivent-ils ? « Pour les sensations. Pour relâcher les tensions de la semaine. » « C'est marrant, ça rapproche », ajoute Maïté. « Et tout le monde picole. » L'objectif peut être aussi tout simplement de « s'en mettre une ! Une grosse cuite. »
Ils doivent ensuite, la plupart du temps, rentrer dormir chez papa-maman. À minuit pour Vincent. « Un soir, ils se sont rendu compte que j'avais bu. J'avais retapissé les toilettes ! Mais, comme toujours, j'ai minimisé ma consommation. »
Les incidences que ça peut avoir sur leur santé ? « Je m'en fous complètement ! », avoue Morvan. L'adolescent a pourtant fait un coma éthylique lors d'un concert, à l'âge de 15 ans. « Je me rappelle à peine être sorti de chez mon copain. J'ai un gros trou. Mes parents m'ont tout raconté. » Il se souvient juste avoir été privé de sortie pendant six mois.
Et les études dans tout ça ? Les soirées festives aident « à réattaquer la semaine et à me donner un équilibre », pour Vincent. Morvan d'ajouter : « Si je n'ai pas bu le week-end, je suis de mauvaise humeur ensuite. »
Nadine BOURSIER.
(1) Prénoms d'emprunt.
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