Le sculpteur Harry Rosenthal et le peintre Marcel Hasquin exposent leur vision de « La Condition humaine » à l'Abbaye blanche de Mortain. Leur complicité est telle que leurs prochaines oeuvres seront le fruit de leur collaboration. C'est comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Bras dessus, bras dessous, les deux artistes complices, l'un sculpteur, l'autre peintre, se baladent dans les allées de la blanche abbaye de Mortain (Manche), pour admirer la magnifique mise en scène de frère Didier, le fin chef d'orchestre de cette magnifique exposition.
Tout commence il y a quatre ans. Frère Didier avait déjà fait découvrir le peintre belge Marcel Hasquin, en 1997, à la première exposition de l'abbaye. C'est en 2003, lorsqu'il découvre les oeuvres du sculpteur, mondialement connu, Harry Rosenthal, exposées pour l'Unesco, que l'exposition de « La Condition humaine » prend tout son sens. « J'ai compris qu'il existait une vraie osmose dans leurs travaux, sur les couleurs, les formes, mais aussi sur le thème principal qui est l'être humain sous toutes ses formes. L'art devient ici un vecteur de paix et de partage », explique-t-il.
L'art comme témoin de notre société
Les 130 tableaux et la soixantaine de sculptures des deux artistes connaissent déjà beaucoup de succès puisque l'abbaye compte, sur un rendez-vous pareil, un tiers de visiteurs en plus que l'année dernière. Un phénomène qui s'explique aussi par le mauvais temps, selon l'organisateur de l'exposition.
Marcel Hasquin fait du mysticisme et de la spiritualité, l'inspiration de ses toiles poignantes, au trait noir perçant, rappelant ceux de la fin de vie du peintre espagnol Goya. Mais ce sont surtout ses drames familiaux, les scènes de misère aperçues au cours de ses voyages, comme en Bosnie-Herzégovine en 1993, avec frère Didier, qui lui font dire que la peinture se doit de témoigner. « C'est une question d'honnêteté. Je n'ai pas envie de peindre ce que les gens ont envie de voir, même si je suis conscient que parfois mes tableaux sont très durs », accorde le peintre. Pour Harry Rosenthal, né à Vienne en 1922, israélite d'origine, obligé de fuir les Nazis en 1938, l'art est aussi un témoin des grandes misères de la société, même s'il se dit « plus optimiste que Marcel dans mes oeuvres. J'essaie de trouver une porte de sortie », comme dans « Dialogue des trois religions », une magnifique sculpture à la rencontre de la paix entre les trois religions monothéistes.
Ce week-end, les deux artistes vont accueillir les visiteurs, échanger et débattre avec eux mais aussi leur signer le très beau livre « Visages d'artistes », un panel photographique d'Hervé Desvaux qui a pris en photo tous les artistes de l'abbaye depuis dix ans.
L'aventure ne s'arrête pas là pour Marcel Hasquin et Harry Rosenthal. Ils ont décidé de se retrouver pour, cette fois-ci, créer ensemble. « Une collaboration pour toute la vie », se réjouit Harry Rosenthal. Déjà quelques oeuvres prennent forme dans les ateliers secrets de l'Abbaye blanche, pour une prochaine exposition, qui, vue la complicité des deux hommes, promet d'être réussie.
Charlotte MARIE.
Pratique. « La Condition humaine » est exposée à l'Abbaye blanche de Mortain jusqu'au 27 août, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, à l'exception du mardi et du dimanche matin. Exposition gratuite. Renseignements au 02 33 79 47 47 ou sur Internet : http://www.abbaye-blanche-expos.com

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